A Toute Epreuve (Hard Boiled)

Article rédigé par Kim
A Toute Epreuve Vedette

Au dos des DVDs ou des anciennes VHS (eh oui, je suis de l’ancienne école ! ^^), on pouvait savoir si un film était bon ou pas. En général, si on lisait « film d’action pur avec des scènes ultra-spectaculaires avec untel (noms de ses plus grands succès) », on pouvait savoir immédiatement qu’il s’agissait d’un film banal ou au mieux tout juste acceptable. Mais quand le film est vraiment au dessus de tout, les « critiques » de ces petites phrases soit-disant accrocheuses retrouvent l’inspiration !

1Quand une phrase sort de l’ordinaire, pour qui sont habitués à lire au dos des jaquettes, on pouvait s’attendre à un film hors-norme ou du moins, qui ne laissera pas indifférent. Et pour un film comme « A toute Epreuve », il était écrit « pulvérise toutes les limites du cinéma d’action ! ». Evidemment, pourquoi les auteurs de ces « petites phrases » ne mettent pas le paquet directement pour donc, accrocher les acheteurs qui ne s’y connaîtraient pas trop ? Premièrement, il est vrai que quand un film est bon, il fait naitre un certain lyrisme. Deuxio, en rapport avec le premier point, quand une oeuvre est mauvaise, il est difficile d’être honnête pour attirer le client, en découle donc ces expressions « bateau » qui pourront peut-être ramener quelques acheteurs… Voici donc l’histoire du film légendaire et trop peu reconnu par chez nous, à part en underground, de John Woo, le réalisateur du non moins splendide « The Killer », toujours avec le même acteur en première ligne, Chow Yun-Fat.

Outre les premières images de la boisson préférée de Téquila (le nom du héros du film, du moins son surnom ; son vrai nom : Inspecteur Yuen), la première vraie séquence se passe aux alentours et à l’intérieur d’un salon de thé, où sont réunis tout pleins de truands et de trafiquants en tout genre. Yuen et son co-équipier (et son meilleur ami) entrent pour les surveiller et pourquoi pas les arrêter. S’en suit une inévitable fusillade entre les flics et les malfrats. On reconnait tout de suite le style de Woo dans ces premières scènes : gunfights incessants à la limite de l’overdose, points de vue et regards improbables (Yuen scrute les bandits en discussion à une table à l’aide d’un miroir de 4cm de diamètre situé sur la partie inférieure d’une cage d’oiseau -le salon est réputé pour ses clients amenant leurs oiseaux, sorte de divinité-) et chorégraphie des acteurs à la limite de la comédie musicale (l’une des grandes passions de John Woo). D’ailleurs, le film ne cessera de multiplier les danses de ses protagonistes, armés biensur ! Toujours. Malheureusement, au cours de cette ultra-violence, l’ami de Téquila se fera tuer sous ses yeux, du à une imprudence causée par son trop grand dévouement à la tâche de policier qu’il est. Lui, son compagnon de scène : Téquila et lui jouent de la clarinette dans un bar, leur repère. Après s’être fait enguirlander par son boss (interprété par Philip Chan) pour avoir tué les tueurs et surtout le meurtrier de son ami, des types que suivait le dit-patron depuis des mois en espérant qu’ils soient jugés, Téquila retourne au Jazz-Bar après l’enterrement des officiers abattus, et discute avec le barman. « Ce soir, j’ai perdu un ami », dit-il (d’ailleurs, Yuen aperçoit son ami à la batterie en sur-impression, en regardant la scène et en fumant sa cigarette). « J’y vais trop fort ? » dit Téquila. Le barman répond : « Non, c’est eux qui y vont trop fort ». A noter que ce barman est interprété par John Woo lui-même ; on voit par ailleurs qu’il n’est pas très doué pour la comédie !

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La seconde séquence met en scène l’autre pièce du puzzle : Tony (incarné par l’immense star honk-kongaise, Tony Leung). On ignore son nom au départ, mais il sera bien le responsable d’un assassinat dans une bibliothèque (Téquila est déjà sur l’enquête). Plus tard, on saura qu’il travaille pour Monsieur Hoï, un homme d’affaire, disent-ils, bientôt ou largement en âge d’être à la retraite, aux méthodes et au business douteux. Dans la propriété de ce dernier, accompagné de ses hommes de main, Tony vient le rejoindre. Mais l’un de ses hommes, Sioko, vient lui parler : « Johnny veut te voir ». Hoï se doute de quelque chose et a presque entendu : Johnny est un trafiquant d’armes sans aucune morale (on le verra de plus en plus au fil du film) et surtout son rival en affaires. Bientôt, une réunion organisée aura lieu dans un restaurant entre Tony et Johnny, qui aura pour but d’associer les deux truands contre Hoï. Tony est donc devenu un vendu au sein de la pègre…

Pendant ce temps-là, au commissariat, Téquila, dégustant d’un seul trait sa boisson préférée (une sorte de Téquila mélangée à une boisson gazeuse, enfin je crois !), surveille la « patronne », comme il aime dire : elle est en réalité sa petite amie, mais cela ne marche pas très fort ! Soudain, elle reçoit des fleurs (des roses blanches). Peut-être de Téquila ? Qui sait ? Mais il y a un mot avec, ou plutôt une série de chiffres, qui traduit une mélodie : les chiffres sont des notes de musiques. Il s’agit en réalité d’un code que Thérésa, cette fameuse patronne, doit divulger au boss (toujours Philip Chan).

Mais revenons à la discussion entre Johnny et Tony, ce dernier beaucoup moins expensif que son interlocuteur, peu bavard : il vient en effet de tuer (dans la bibliothèque, donc) un homme de Johnny. Mais il n’en a que faire, Johnny veut recruter Tony dans sa bande et se servir de lui, si Tony le veut bien (et il ne semble pas contre), pour démanteler Hoï et son trafic. En découle donc un rendez-vous et une descente chez Hoï et son repère, pendant que celui-ci ne sera pas là, avec Johnny et Tony, et ce premier demandera au second de tuer son désormais ancien chef. Cela semble mettre dans l’embarras Tony…

A la sortie du restaurant, Yuen attend Johnny (Johnny Wong, de son vrai nom). Celui-ci est notamment responsable de la mort de son meilleur ami et des autres flics qui étaient présents au salon de thé. Comment Yuen a su que Johnny et son groupe se trouvaient au restaurant ? Ses informateurs ont bien parlé ! Tout d’un coup, l’inspecteur alpague Johnny Wong en le menaçant avec son arme et lui promet de lui faire la peau. Tony étant donc dans le parages, au côté de son nouveau boss, attrape Yuen et lui donne une coup de revolver avec le revers… Il s’agit là de la première rencontre entre Tony et Téquila… Mais ils se retrouveront bientôt : lors de la descente chez Hoï, dans son QG ! Téquila a en effet reçu l’information de la descente et y va seul !

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A n’en pas douter, cette séquence d’action prochaine, avec celle de fin, est la plus impressionnante de tout le film. A toute épreuve : on parle bien de Yuen, qui est donc à l’épreuve des balles ! (une phrase que dira Johnny Wong a la fin) Cette scène de la descente est vraiment à couper la souffle ; tout d’abord, il y aura le massacre des hommes de Hoï, pris par surprise et en train de préparer leurs marchandises. Puis cela fini, juste après l’arrivée du patron des lieux et de son assassinat par Tony (celui-ci a semblé être cependant touché par cet événement qu’il vient de commettre), Téquila intervient d’une façon « coup de poing » ! Il s’est sacrément bien préparé le bougre ! Une machine à tuer, comme le surnomme son patron de police. Ici, la chorégraphie est époustouflante : les motards crameront comme des flammèches à coup de fusil à pompe (!), Yuen se servira notamment d’une carcasse de voiture, qu’il dirigera sur le côté afin de se mouvoir dans l’espace. La bataille entre Tony (qui avait décidé de s’occuper de ça et demandant à Wong de partir en sécurité) et lui fait rage ! Et lorsque Téquila se sert d’un fumigène pour espérer s’en sortir, la pièce se retrouve enfumée de partout. Il avance, bien décidé à liquider ces sbires dont Tony fait parti. Il s’agit là d’une scène-clé. John Woo nous perd dans l’espace comblé par la fumée et les deux hommes se retrouvent nez-à-nez ! Yuen tire, mais son arme se bloque ou n’a plus assez de balle. Lui et Tony reste figé… chacun ayant son arme braquée sur l’autre… ce premier a manqué sa chance, c’est donc au second de tirer, mais il ne tire pas ! Avec un léger sourire moqueur et de satisfaction, il rengaine son arme et part au loin…

Pourquoi n’a-t-il pas tiré ?

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Je vous laisse deviner la suite ou découvrir ce film en vous le procurant. Mais une chose est sure : « A toute Epreuve » est un film précurseur dans l’action et le polar. Les personnages qui se font et se défont, qui s’entrecroisent et s’éliminent à grands coups de gunfights, le ryhtme, les faux-semblants et enfin le point culminant de toute cette violence : l’élimination du grand-méchant dans une apothéose de conclusion. Il y a rien qu’à voir La Grande Séquence Finale (avec des majuscules, oui monsieur !) : Wong s’est confectionné un QG au sein d’un hôpital ! Ses hommes sont déguisés en policier pour faire croire à un encerclement de la police et prennent en otage tous les malades, y compris ceux (avec les médecins) sur la table en pleine opération. Yuen aura bien grand mal à anéantir tout ce réseau éparpillé dans l’enceinte du bâtiment. Surtout que les ennemis apparaissent à chaque coin de couloir ou à la sortie d’une cage d’ascenseur : comment reconnaître dans le feu de l’action qui est policier et qui ne l’est pas (les policiers sont eux, habillés en civils). John Woo nous a même concocté un plan-séquence de plusieurs minutes où les protagonistes voyageront d’étages en étages dans une atmosphère suffoquante de tirs incessants ! L’humour ne lâchera pas pour autant le fil. Téquila est un blagueur, même au sein de cette apocalypse créée de toute part par Johnny Wong, l’ordure par excellence. A noter une très belle musique de film, à mi-chemin entre la mélancolie d’une part, et la frénésie des situations d’autre part.

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