Aurion : L’Héritage des Kori-Odan [Test – PC]

Article rédigé par Henri

Fièrement présenté comme le premier jeu vidéo Camerounais, Aurion – L’Héritage des Kori-Odan est le fruit d’un développement par le studio Kiro’o Games, dont il s’agit du premier jeu. Mais assez parlé des aspects historiques : pour ça, je vous renvoie à l’article de présentation de Romain. Ce que vous voulez savoir, c’est si cette production ambitieuse a réellement du coffre, non ? L’heure est maintenant de confronter le jeu à mes impressions bien réelles, manette en main.

Les premières bonnes nouvelles tiennent dans les directions techniques et artistiques choisies par Kiro’o Games : le premier jeu vidéo Camerounais n’est donc pas un FPS générique, mais une production qui chante son envie de partager les cultures Africaines sous de nombreuses formes. Aurion dispose en effet d’une sensibilité qui lui est propre, et qui se ressent en cours de partie, à travers ses graphismes, ses musiques et son scénario. En termes de gameplay, le développeur dit s’être inspiré de la série « Tales of », même si mon expérience personnelle tend à rapprocher ce jeu aux productions de Vanillaware (Muramasa me venant immédiatement en tête), pour la dynamique des combats et les graphismes 2D « dessinés main ». De bonnes références dans le domaine de l’action-RPG.

Le scénario emprunte quant à lui le thème souvent rencontré de la quête initiatique, conséquence d’un exil. Votre héros, Enzo, est prince de Zama, une terre isolée, pacifique et éloignée des conflits du monde extérieur. Le jour de son mariage avec Erine, son amie d’enfance, est aussi celui de sa consécration comme Roi de Zama, mais lors de la cérémonie, son beau-frère Ngarba, estimant qu’Enzo n’a pas l’étoffe d’un Roi, réalise un coup d’État. Vaincus, Enzo et sa femme Erine sont contraints à l’exil, et vont chercher un moyen de revenir à Zama pour y reprendre le trône. La reconquête passera par l’éveil du pouvoir d’Enzo, le fameux Aurion.
Je m’arrête là pour l’histoire afin de ne pas trop en dévoiler, mais le monde extérieur que découvrent Enzo et Erine se révèle plus vaste et plus dur que ce qu’ils pouvaient imaginer. Le début de leur exil passe donc par la perte d’une certaine naïveté, tant pour les héros que pour le joueur, pas souvent habitué à ce qu’un jeu aborde des thèmes comme l’esclavagisme, la condition des femmes, les inégalités sociales en fonction des origines ethniques, la misère… Les ennemis rencontrés ne sont également jamais caricaturaux (ou rarement) : entre un esclavagiste cynique, son associée aigrie et revancharde, un gourou avide ou encore un chef de tribu fier et orgueilleux, tous offrent de bonnes raisons à ce que les héros s’opposent à eux, mais les font aussi réfléchir sur les tréfonds de l’âme humaine, ainsi que sur les raisons qui les ont poussés vers le « côté obscur » de l’Aurion.

Avant d’apprécier les qualités d’Aurion, il faudra toutefois faire face à un démarrage un tantinet laborieux. Si les décors ont fait globalement l’objet d’un soin particulier (et j’y reviendrai plus tard), le village de départ est loin de décrocher la mâchoire. Assez mal pensé dans sa conception, avec une caméra trop rapprochée plaquant au sol le héros, ce village donne l’impression d’avoir été conçu et développé très tôt, sans avoir été corrigé depuis – c’est même d’autant plus net lorsque l’on finit par y revenir plus tard dans l’aventure. Les premiers combats se révèlent également assez brouillon.

Si je ne retiens pas vraiment d’enthousiasme sur cette première heure de jeu, les heures suivantes suscitent en revanche un intérêt sans cesse grandissant : l’histoire évidemment, et en particulier le duo constitué du héros Enzo et de sa partenaire Erine. Les petites disputes conjugales du jeune couple royal apportent son lot d’humour, évidemment, mais leur relation ne se limite pas à ça : pour « le meilleur face au pire », Enzo et Erine affrontent ensemble les épreuves qui émaillent leur aventure, en parfaite complémentarité. L’attachement aux héros se fait donc tout naturellement.

Les phases d’exploration manquent en revanche un peu de clarté : hésitant entre le pur scrolling 2D faisant intervenir quelques phases de plateformes, et des phases de déplacement plus libres mais sans plateformes, le studio donne l’impression de ne pas avoir su opter pour un choix bien précis, ce qui entraîne quelques différences de gameplay perturbantes pour le joueur.
Les phases de combat, quant à elles, c’est encore une autre histoire. Enzo peut ainsi se battre simplement contre ses ennemis, mais peut aussi déclencher des pouvoirs de différentes natures (feu, eau, air, terre), et même combiner ces pouvoirs ; il peut aussi faire appel à Erine pour son pouvoir de soin – essentiel – et des attaques de soutien ; sans oublier les capacités de courir, de se défendre, d’utiliser des objets… Il faudra bien encore quelques combats pour assimiler tout ça et s’y retrouver avec la manette (recommandée), mais quand un jeu avoue au joueur qu’il n’a pas assez des boutons disponibles sur une manette Xbox 360 afin de réaliser toutes les commandes, on est en droit de se demander s’il n’y a pas eu un défaut de réflexion sur le confort du gameplay. D’autant que, circonstance aggravante à mon goût, les écrans fixes de tutoriel et moi, ça fait deux.

Que cela ne vous rebute pas pour autant : si même après une dizaine d’heures de jeu, je me suis parfois emmêlé les pinceaux à confondre le bouton de course et celui permettant d’appeler Erine en renfort (par exemple), le jeu n’est pas non plus punitif, et la sanction ne sera que rarement grave. Cela traduit aussi l’envie de bien faire du studio ; en l’occurrence, une envie de trop bien faire. Une somme de petites idées, mises bout à bout, alourdissent inutilement le gameplay sans apporter une réelle plus-value. Ainsi, la jauge d’endurance, s’ajoutant aux jauges de vie et de magie, est clairement de trop, et vous ne manquerez pas de pester après.

Toutefois, comme je l’ai précisé, Aurion s’améliore en progressant, et ça tombe bien parce que la durée de vie dépasse la bonne vingtaine d’heures de jeu.
J’ai encore peu parlé des graphismes, et pas en des termes enthousiastes ; c’est l’occasion de me rattraper ! Dès le réel commencement de l’aventure, on apprécie le travail admirable et le soin apporté aux décors, colorés, très variés, toujours très inspirés. Pas un seul lieu n’est le copié-collé d’un autre, et Kiro’o Games a travaillé sur absolument tous les endroits que vous traverserez et visiterez. Même la maison, où vous ne passerez peut-être que quelques instants le temps de discuter avec ses occupants, a fait l’objet d’un travail soigné. Peu d’autres jeux, y compris de gros studios, offrent un tel soin dans les décors. Cela n’a pas été fait par hasard, évidemment : Aurion est une aventure où chaque lieu visité est réellement différent d’un autre, renforçant l’impression de découverte à chaque écran. Il est du même coup un peu dommage que le jeu manque de quêtes secondaires pour offrir au joueur des raisons de revenir sur des lieux déjà explorés.
Les animations sont un peu rudimentaires pour parler de dessin animé vidéoludique, mais vous ne noterez ce défaut que durant les cinématiques de combats, et très rarement en cours de jeu.

« On apprécie le travail admirable et le soin apporté aux décors, colorés, très variés, toujours très inspirés. Peu d’autres jeux, y compris de gros studios, offrent un tel soin dans les décors. »

Aux très jolis graphismes, s’ajoutent également de très jolies compositions musicales. Signe qui ne trompe pas, j’en ai conservé certaines en tête après avoir terminé une session de jeu ; c’est parce que les musiques accompagnent parfaitement les décors que vous traversez. Même si elles ne sont pas extrêmement nombreuses, les musiques sont de plus suffisamment variées pour éviter une lassitude.

L’heure va donc être au verdict, et c’est un « Oui ! ». Aurion a ses défauts, ce genre de petits « mais » qui peuvent nuire à un jeu s’il ne parvient pas à s’en extirper. La première production de Kiro’o Games arrive toutefois à dépasser la plupart de ses défauts grâce à plusieurs atouts : son duo de héros attachants en premier lieu ; de jolis graphismes et de très bonnes compositions musicales ; ainsi qu’une aventure certes linéaire, mais qui parvient toujours à accrocher le joueur par une histoire solide et intéressante, et qui se renouvelle suffisamment. Le gameplay complexe se laisse également dompter, et finit lui-aussi par offrir de bonnes sensations de jeu en retour, même si les combats manquent au final d’un peu de variété.
En conclusion, Aurion – L’Héritage des Kori-Odan est une production rafraîchissante, réalisée avec un soin et une passion du jeu vidéo qui ne trompent pas. Une vraie bonne découverte qu’il ne faut pas hésiter à partager !




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