Holy Motors

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Holy Motors… Où comment faire une chronique sur un film impossible à chroniquer ? Comment en effet parler de son ressenti, avec les mots les plus justes, sur un film aussi insaisissable ?…

Par Wizzy le Barbu

Holy-Motors-afficheLéos Carax est un inconnu du grand public. Pour les cinéphiles qui l’adorent ou le détestent, c’est l’enfant terrible de Jean-Luc Godard et des années 80. Mais cet enfant terrible est comme l’adjectif qui le définit bien : terrible. Avec lui, il n’y a plus de règles, ou alors si, la sienne.

Carax fait son cinéma, avec un style inimitable entre lyrisme débordant et farouche envie d’en découdre, et surtout avec un regard d’une acuité essentielle sur la vie, l’amour, la relation à l’autre. Il trace son sillon (« Boy Meets Girl », « Mauvais Sang », « Les Amants du Pont Neuf »…) et n’a que faire des commentaires, lesquels s’auto-détruisent dès qu’ils prennent sens (le mien deux lignes auparavant pour tenter de le définir n’est d’ailleurs plus). Leos Carax est un véritable feu follet, qui tourne peu, faute à l’argent qui manque et aux producteurs qui se défilent apeurés. Sorti en 2012, Holly Motors est le résultat d’une dizaine d’années de disette et de projets avortés (Hormis le court métrage « Merde », Pola X, son dernier long avec Guillaume Depardieu, date de 1999).

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Holy Motors est l’œuvre somme du bonhomme, un joyeux fourre tout, un bordel déroutant et magique, un pur concentré de cinéma. Denis Lavant, acteur fétiche du réalisateur, joue Oscar, un acteur qu’une Limousine, conduite par l’élégante Edith Scob (« les Yeux sans visage »), trimballe à longueur de journée d’un coin à l’autre de Paris. A chaque arrêt, il se glisse dans la peau d’un personnage, se grime devant un miroir, seul témoin de toutes ses transformations.

Oscar sort alors de sa limousine et joue devant des caméras de cinéma devenues invisibles. Tour à tour, homme d’affaire, vieille mendiante, acrobate rotoscopé, joueur d’accordéon, tueur impitoyable, monstre humain, père de famille, oncle mourant, ancien amant… En une journée, défile tous les genres de cinéma et cette idée que la vie ne serait finalement que du cinéma, dans laquelle chacun jouerai des personnages en fonction des heures de la journée.

holy-motorsLe film multiplie alors toutes les jonctions impossibles. Denis Lavant meurt et se relève pour changer de rôle. En plein dialogue, Kylie Minogue se met à chanter comme dans les vieilles comédies musicales américaines. Eva Mendes, en icône de beauté plastifiée, fait la connaissance de « Merde », un monstre sorti des égouts et qui emmerde le monde, dans une version anarchiste de la Belle et la Bête… Et des gentils singes s’offrent même une vie de famille.

Léos Carax signe là un chef d’œuvre, non pas en faisant n’importe quoi comme le laisserait supposer le coté branque de ces assemblages mais bien par l’adresse et l’énergie avec laquelle il met en place ces pirouettes.Par un subtil jeu des contrastes, chaque scène se répond. Ne cherchez pas nécessairement la logique, l’histoire ou la mécanique. Il faut se laisser porter par ce rêve éveillé, qui surprend sans cesse vu que rien n’est prévisible.

La beauté est partout dans Holy Motors. Jusque dans cette danse futuriste à la Tron, faisant l’économie d’effets spéciaux coûteux en jouant uniquement sur un jeu de lumière, jusque dans une interlude musicale en accordéon, jusque dans cette performance de Denis Lavant qui joue là plus d’une dizaine de rôles. Et cette beauté totalement libre, totalement débridée, n’a pas peur de l’absurde pour se révéler. Pour m’achever complètement, elle se pare même d’une sublime mélancolie dans la dernière ligne droite du film.

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