Hudson Hawk [Critique]

Article rédigé par Kim

hudson-hawk-1
Hudson Hawk : dernier film burlesque ?

———————————————————————-

hudson-hawk-2Bruce Willis, revenu de l’enfer du froid dans Die Hard 2 – 58 Minutes pour vivre (Die Harder – 1990), va littéralement flinguer sa carrière au box office avec un film, dont il est le scénariste, Hudson Hawk. Le public, l’ayant adopté comme une star de films d’action, ne le suit pas dans ses aventures de gentleman-cambrioleur loufoque. Le film est répertorié au final comme le pire gadin de l’histoire du box office Américain, avec L’île aux pirates notamment. Pourtant, au fil des années et avec les diffusions télé et le marché de la VHS et plus tard du DVD, le film redore son blason en underground : il est vraiment apprécié, voire adulé par un nombre incalculable de personnes, dans le métier ou pas ; ces mêmes personnes, qui avaient sans doute loupés la sortie au cinéma, vu le peu de monde s’étant déplacé à l’époque. Pourquoi tant d’amour ? Peut-être parce qu’il réunit un style classique ancien mêlé à du burlesque de premier choix, genre très ancien également et quasiment disparu des salles aujourd’hui. Par style classique, j’entends qu’il faut connaitre un peu l’acteur et ses activités annexes pour comprendre. Né en 1955, l’homme a connu le noir et blanc et l’âge d’or du cinéma. Côté musique et en regardant le film, on s’aperçoit de tout le pouvoir qu’avait le jazz et le blues d’antan, les Frank Sinatra et autre Dean Martin. L’acteur Bruce Willis, adepte de l’harmonica qu’il maîtrise, en est un féru admirateur, ayant baigné dedans étant tout petit. Et par burlesque, les Jerry Lewis et Pierre Richard, qui ne sont plus aujourd’hui, ont été remplacé par un humour du verbe, la gamelle ne payant plus. Pourtant, en y regardant de plus près, le film Hudson Hawk ne s’étend pas sur des pitreries à répétition et ce, constamment. Je dirai même plus, il instaure un degré d’humour tout à fait unique qu’on ne saurait définir. L’humour de New York et/ou de Little Italy peut-être ? Je ne sais pas. Mais Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur (réalisé par Michael Lehmann en 1990) est un véritable inclassable. Un peu à la manière d’un Piège à Hong Kong, il s’immisce dans différents degrés qui le rende complètement hybride. Mais le burlesque est le genre auquel il s’apparente le plus : oui, Hudson Hawk est un film résolument burlesque et peut-être même le dernier ? Anachronique en tout cas.


Le film est en tout cas l’œuvre de l’acteur Bruce Willis. Ça, il ne fait aucun doute là-dessus. Il faut voir aussi comment est venu l’idée de créer une telle « chose ». En réalité, l’idée du film (conter l’histoire du faucon de l’Hudson obligé de refaire l’Arsène Lupin après être sorti de prison) vient d’un pari entre l’homme et son ami de toujours, Robert Kraft. Je ne sais plus quel était l’état de ce pari, mais une longue interview des deux compères dans les bonus DVD du film édition collector donne des éléments de réponse. La star du haut de son art et de ses millions avaient de quoi vendre un projet personnel, Robert Kraft étant le producteur exécutif du film.

hudson-hawk-5
Mais commençons par l’enveloppe corporelle de ce Hudson Hawk « daté » : le classique et la musique. Il y a exactement deux moments dans le film (un au premier tiers et l’autre à la fin) où on se dit : « Woaw ! Quelle originalité ! » Ces moments sont bien sûr le résultat de tout le côté expert du personnage de Bruce Willis et de son collègue Danny Aiello, Tommy Five-Tone. Les deux cambrioleurs de haut-vol maîtrisent tellement leur sujet, qu’ils calquent le nombre de minutes pour cambrioler une chose en particulier (dans la présente scène, le Sforza dans un musée et salle d’enchères) sur une musique de leur choix. Dans ce premier moment, où on les voit à l’œuvre, ce sera 5 minutes 32, « Swinging on the Star ». Et même, quand ils n’ont rien à faire, les deux s’amusent à se lancer des quizz pour savoir le nombre de minutes que font plusieurs morceaux de musique du même répertoire du milieu du XXème siècle, à savoir l’âge d’or ! Ils connaissent tous deux tellement le cambriolage que ces musiques d’antan que la synchronisation est bluffante ! Ainsi, nous voyons comment Eddie « Hudson » Hawk et Tommy « Five-Tone » arrivent à déjouer le système de sécurité du musée et passer outre les policiers en surveillance, tout en chantant ! La scène est un pur moment de cinéma. A la fin, ils font de même sur « Side by Side », 6 minutes exactement. Les deux acteurs peuvent allègrement jouer ces morceaux, leurs voix étant parfaites dans ce registre ! Entre ces moments purement loufoques (et oui ! le burlesque revient à la charge !), la musique d’ambiance et le Hawk Swing du générique de fin, l’enveloppe du film est belle et bien datée, ce qui n’a sûrement pas du plaire au public. Mais donne le ton d’un style classique prenant et charmeur.


Pour le burlesque, j’ai envie de dire, qu’il faut se laisser bercer par le film et le regarder. A la manière d’un film parodique de Mel Brooks, les gags s’enchaînent de manière fulgurante. Entre Eddie qui n’arrive pas à boire son cappuccino (à part à la toute fin) malgré plusieurs tentatives, les menottes qui attachent les pouces ou le coup du ketchup pour faire croire à du sang, plusieurs signes anachroniques et volontairement déplacés, du style guignol ou dépassant le bon sens, y sont présents ; tel le voudrait justement un film parodique et donc, humoristique. Mais Hudson Hawk n’est pas un film parodique. Il y a de la parodie dedans, mais n’en est pourtant pas un. Le film se place plutôt autre part. Dans ce que j’appellerais l’humour de l’Hudson ou l’humour du faucon. Mélange de classique (notez que dans le terme classique, est présent le mot « classe ») et d’humour à un degré non-définissable en tant que tel. Il chevauche également les degrés : du premier au second, voire au troisième et au dix-millième, jusqu’à ne plus savoir vraiment à quel impact humoristique nous avons affaire. Mais tout coule tellement dans ce film « à la cool », que le tout tient sur de solides bases. Le film est un hybrique et encore plus dans la filmographie de Willis ! Non, il faudra, pour savoir à quel degré nous plonge Hudson Hawk, faire un calcul suivant ces degrés justement. Prendre au pied de la lettre : premier. Ironique : second. On ne compte plus après cela normalement ! Indéfinissable en effet ! Mais si le burlesque devait être marqué par une graduation, Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur s’en approcherait lourdement ! Bien sûr, des films par la suite ont été qualifié de burlesque, mais combien le sont-ils totalement ? Pas beaucoup. Pour moi, aucun. Un film burlesque est un film d’un autre temps, et c’est justement le cas de celui-ci.

hudson-hawk-8     hudson-hawk-9

Pour exemple dans les scènes, et déjà aréolé d’un bon matelas de scènes d’anthologie, nous pouvons prendre les personnages Mayflower, mari et femme. Les deux s’adonnant à des plaisirs sexuels sado-maso, leurs personnalités est à la frontière de la folie. C’est un film humoristique bien entendu, mais quand on y repense : vouloir engager de force Eddie et Tommy pour cambrioler trois œuvres d’art dans lesquelles se cachent des cristaux, permettant de faire fonctionner une machine à créer de l’or… Et après reconstitution des dits cristaux pour la création de l’or en question, entendre Minerve Mayflower (la femme, joué par Sandra Bernhard) gueuler comme cela n’est pas possible : « Bande de Fumiers ! », ou vous allez voir tous comment nous allons devenir riches et dominer le monde ; cela est plutôt incongru, mais toujours excellemment bien interprété. Tous deux mourront d’ailleurs à la fin, mais Eddie n’oubliera pas d’exterminer Bunny Mayflower, le chien. Et ce, à l’aide d’un distributeur-lanceur de balles de tennis, servant jusqu’alors au couple ! Cette scène est d’ailleurs délirante, quand Eddie jubile en criant « Bunny ? Ba-ball ! », une réplique qu’avait pour habitude de lancer le couple à leur chien !


Les personnages secondaires jouent, en ce sens, un rôle prépondérant dans le burlesque. Les quatre ex-membres de la CIA engagés par les Mayflower ont tous des noms de barres chocolatées (Bounty, Nuts, Snickers joué par l’ami acteur de Willis, Don Harvey et enfin Kit Kat, joué par David Caruso himself !). Le chef de ce groupe très « sucré » est aussi joué par James Coburn ! Plutôt surprenant de voir l’acteur jouer dans un film pareil ! On le verra d’ailleurs jouer un peu de son kung fu (appris avec Bruce Lee) à la fin, face à un Bruce Willis complètement dépassé, mais n’oubliant pas et jamais son chapeau (cf. la scène) ! Il faut dire que dans toute cette folie de personnages, il n’y a que trois individus qui gardent la tête sur les épaules : Eddie, Tommy et Anna, joué par Andie MacDowell (le rôle fût un temps pensé pour Isabelle Adjani). Eux s’adonnant plus à des répliques second degré, ce qui ramène le film à la réalité. Mais tous ces personnages secondaires ont de quoi contaminer l’esprit de nos trois compagnons ! Nombre de fois où l’on verra Willis péter un câble face aux côtés fou-fou de toute cette troupe. Il tentera de les ramener à son humour pince-sans-rire, mais en vain… En voulant décrocher de son boulot forcé, nombre de grimaces esquisseront sur son visage. Il le fait d’ailleurs plutôt bien, rappelant les grandes heures de Clair de Lune, la série qui l’a vu naitre. Bref, un fourre-tout émotionnel dans lequel on ne ressort pas indemne.

hudson-hawk-12

Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur empreinte donc grandement la personnalité de Bruce Willis. Incontestablement, si vous voulez connaitre l’acteur, il est le film qu’il faut voir. A tel point qu’on se demande si ce n’est pas lui même qui l’a réalisé ! D’ailleurs, une réalisation de l’acteur devait voir le jour à la fin des années 2000, mais le projet a soit été mis de côté, soit été annulé. Peut-être pour un Hudson Hawk 2 ? Allez savoir !

Bonus DVD !




Laisser un commentaire

Translate »