Les Aventures de Tintin – Le Crabe aux Pinces d’Or [Critique]

Article rédigé par Henri
Le Crabe aux Pinces d'Or Vedette

J’éprouve toujours comme une étrange sensation à la relecture des premières aventures de Tintin, comme s’il manquait quelqu’un d’indispensable au récit. Et puis j’en arrive au Crabe aux Pinces d’Or ! Sapristi, mais c’est bien sûr, il manquait le capitaine Haddock !

1Alors qu’Hergé publiait Au Pays de l’Or Noir dans les pages du Petit Vingtième, la guerre éclair puis l’occupation allemande de la Belgique en 1940 entraîne l’arrêt de nombreux journaux, dont le Vingtième Siècle. C’est finalement dans le quotidien belge Le Soir, repris en main par l’occupant, qu’Hergé retrouve la même année du travail, ainsi que la direction d’un supplément jeunesse dans lequel il ne poursuit pas l’Or Noir, mais débute une nouvelle aventure : Le Crabe aux Pinces d’Or !

Au-delà du contexte politique et des contraintes de parution, cet album est surtout mémorable pour l’entrée en scène du capitaine Haddock, personnage haut en couleurs et ô combien marquant de l’univers Tintin. L’entrée en scène n’est toutefois pas très glorieuse, car loin d’être le truculent compagnon de route de Tintin, Haddock n’est à ses tous débuts qu’une épave dévastée par l’alcool, capitaine fantoche d’un navire tenu en réalité par son second, le fourbe Allan (déjà vu dans les Cigares du Pharaon), qui se livre à un trafic de stupéfiants.

Le Crabe aux Pinces d’Or est intéressant en ce qu’il constitue une histoire à double lecture. Le scénario repart ainsi du côté de l’Afrique du Nord après Les Cigares du Pharaon et présente avec ce dernier de nombreuses similitudes (l’opium est cette fois caché dans des boîtes de crabe en lieu et place des cigares).
Moins intéressante de prime abord que de précédents albums bien plus riches en terme d’intrigues et d’aventures, l’histoire est en fait davantage celle, beaucoup plus captivante, de la rédemption du capitaine Haddock. C’est peu dire que la rencontre du marin avec le jeune reporter sera déterminante pour l’un comme pour l’autre : il manquait à Tintin un compagnon de route ayant de la répartie – sans pour autant dénigrer le rôle primordial de Milou ; quant à Haddock, que serait-il devenu si Tintin n’avait pas embarqué pour les besoins de son enquête sur son navire ?

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Il faut bien le dire, Haddock cause beaucoup de tracas à Tintin, pour ne pas dire qu’il enchaîne des catastrophes ayant généralement pour point de départ un alcoolisme excessif. Pourtant, confronté à son ancien équipage mené par son traître de lieutenant Allan, puis à la terrible épreuve du « pays de la soif », son personnage va s’étoffer et évoluer : de véritable boulet, il devient une aide précieuse pour Tintin. Les amateurs des jurons du capitaine souriront également à son premier lâcher de « Bachi-bouzouk » ! Pas encore de « Tonnerres de Brest », mais quelques répliques et jurons bien sentis de sa part laissent à penser que le personnage s’est déjà installé dans l’univers d’Hergé, et qu’il a encore beaucoup de surprises à nous réserver pour la suite !

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Le Crabe aux Pinces d’Or sera publié dans Le Soir en noir et blanc, et réédité en couleurs en 1943 sans autres changements notables. A noter que le film de Spielberg et Jackson adapté du Secret de la Licorne, sorti en 2011, intègre en fait de très nombreux éléments de l’intrigue du Crabe aux Pinces d’Or, forcément essentielle pour raconter la rencontre entre Tintin et Haddock.

S’il est loin d’atteindre la qualité des meilleurs albums, Le Crabe aux Pinces d’Or reste un pilier qu’il est indispensable de connaître, que l’on découvre, redécouvre ou maîtrise par cœur l’univers Tintin.




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