Les Aventures de Tintin : Tintin et l’Alph-Art [Critique]

Article rédigé par Henri

Hergé meurt en 1983 à l’âge de 75 ans, et ce qui aurait dû être la nouvelle aventure de Tintin est grandement inachevée. Alors que les plus proches collaborateurs d’Hergé sont prêts à terminer le travail, la veuve du dessinateur décide finalement de laisser l’œuvre dans son état d’inachèvement, pour une première publication de l’ébauche en 1986.

Il avait déjà fallu beaucoup de temps à Hergé pour achever Tintin et les Picaros. Pour sa nouvelle aventure, il s’oriente après des hésitations vers le milieu de l’art contemporain. L’Alph-Art, c’est en fait un style artistique fictif inventé par Hergé, basé sur l’alphabet, avec des séries de A peints sur une toile et des H en plexiglas. Le milieu fascine Hergé tout autant qu’il en garde un recul amusé ! Comme souvent, la mise en place humoristique du récit ne sert que de prétexte à une aventure qui mettra Tintin aux prises avec un trafic de faussaires.

Une histoire prometteuse, mais dont on ne connaîtra hélas jamais la fin. Dans son état d’inachèvement, Tintin et l’Alph-Art n’en est vraisemblablement qu’aux deux tiers de son récit, au mieux. La fin restait encore à écrire, sans compter qu’à part trois premières planches de crayonnés, proches du résultat final d’un album traditionnel, les autres pages n’existent qu’à l’état d’esquisses.
Hergé avait exprimé de son vivant le souhait que personne ne perpétue les aventures de Tintin après sa mort ; il avait également promis à son plus proche collaborateur, Bob de Moor, qu’ils termineraient ensemble Tintin et l’Alph-Art. Sa veuve, Fanny Remi, s’était d’abord laissée convaincre par la poursuite de l’album, avant de se rétracter sur les conseils de proches avisés qui jugeaient le travail trop peu avancé pour qu’il soit terminé sans dénaturer l’œuvre d’Hergé. Les esquisses constituent aussi un premier jet que le dessinateur aurait certainement modifié sensiblement jusqu’au rendu final.

L’Alph-Art ne sera donc jamais terminé, mais afin de répondre aux attentes des fans de Tintin, Fanny Remi autorisera la publication de la dernière aventure inachevée. Benoît Peeters, éminent tintinophile, procédera à un travail de sélection des notes et de mises en forme du récit afin de proposer en 1986 un album inhabituel dans sa forme, et même plutôt rebutant pour le lecteur moyen. Scindé en deux blocs, l’Alph-Art propose ainsi d’un côté le scénario, rédigée sous forme de pièce de théâtre ; de l’autre, les reproductions des crayonnés et des esquisses. Cette édition permet ainsi d’apprécier au mieux le tâtonnement d’Hergé dans la création de son œuvre, et se destine évidemment aux tintinophiles.

Pour les autres, ceux qui n’auraient ni le courage ni l’envie de se plonger dans cet album difficile d’accès, une nouvelle édition sera publiée en 2004, à l’occasion des 75 ans de la naissance de Tintin. Présentée sous la forme d’un album traditionnel de 62 pages, elle reprend le bloc « scénario » de l’édition de 1986, les esquisses – exceptées les 3 planches de crayonnés proposées en pleine page – n’étant insérées qu’en vignettes. En bonus, quelques notes d’Hergé apportent à la fois un éclairage sur la suite du récit, mais aussi des pistes de réflexion abandonnées par l’auteur.

Malgré les qualités des éditions proposées de l’Alph-Art, il se posera toujours le débat de savoir si l’album devait ou non être terminé sans Hergé. Personnellement – mais c’est le lecteur frustré qui parle – j’aurais souhaité que le travail soit achevé par les collaborateurs d’Hergé. Cela aurait pu être pour eux comme pour les lecteurs un dernier hommage rendu au dessinateur. Tant pis, il faudra donc se contenter de l’Alph-Art tel qu’il est (les versions pirates que j’ai pu lire ne m’ayant pas convaincu), ce qui constitue déjà en soi un joli cadeau fait aux fans de Tintin.

   




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