Les Aventures de Tintin : Vol 714 pour Sydney [Critique]

Article rédigé par Henri

Le rythme de publication des aventures de Tintin faiblit, et les lecteurs de l’époque auront dû attendre 4 ans après la fin des Bijoux de la Castafiore. Un délai inhabituel qui permet toutefois à Hergé de revenir à l’aventure, avec ce qui constitue sans doute un de mes albums préférés. Publié dans le journal Tintin entre 1966 et 1967, Vol 714 pour Sydney poursuit le travail d’auto-parodie entrepris avec le précédent, à commencer par le titre même de ce 22ème album : le vol 714, l’histoire d’un avion que les héros ne prendront justement pas (ou alors à l’extrême fin) !

Alors pourquoi Tintin, Haddock, Tournesol et Milou se retrouvent embarqués dans cette aventure bien malgré eux ? Le fruit d’une rencontre avec le milliardaire Laszlo Carreidas, personnage antipathique – surnommé « l’homme qui ne rit jamais » – qui invite Tintin et ses amis à bord de son jet privé… parce que Tournesol a réussi à le faire rire ! Évidemment, cette invitation impromptue va perturber les plans de l’infâme crapule qui veut s’approprier la fortune de Carreidas : Rastapopoulos !
Eh oui, Vol 714 marque le retour au premier plan du grand rival de Tintin, après Coke en Stock. Et Hergé va pour ainsi dire lui réserver un traitement pas vraiment amical. Le dessinateur le confessera : en dessinant le méchant avec un chapeau de cow-boy, une chemise rose et des santiags, il lui a pris l’envie de s’en moquer ouvertement, le faisant ainsi descendre de son piédestal. Alors même qu’ils ont manigancé l’enlèvement de Carreidas (et sans le savoir, de son ennemi Tintin) en détournant son jet privé vers une petite île quelque part en Indonésie, Rastapopoulos et son fidèle bras droit Allan vont s’embourber dans une opération qui tourne pour eux au fiasco, perdant au passage leur dignité ! Les gags se multiplient à leur dépends, Rastapopoulos accumule les bosses, et Allan perd son dentier. Quelle déchéance !

Et du côté des « gentils », ce n’est pas mieux. Hergé brouille véritablement la ligne de démarcation entre le bien et le mal par l’intermédiaire de Carreidas (qui serait inspiré de Marcel Dassaut), un personnage tricheur, sinistre, égocentrique, et qui se lance dans un savoureux concours de méchanceté avec Rastapopoulos, tous deux drogués par un sérum de vérité.

    

Finissant de plus sur une touche de science-fiction ainsi qu’une dernière scène ponctuée par les remarques éclairées de Séraphin Lampion (qui n’a jamais aussi bien porté son nom), Hergé est allé jusqu’au bout de son entreprise auto-parodique après Les Bijoux de la Castafiore. Plus que jamais, il s’amuse de son univers, et entraîne le lecteur avec lui sur cette petite île du Pacifique où le taux de gags au mètre carré est proprement hallucinant.

Cet aspect parodique n’empêche pas pour autant Hergé et son équipe d’avoir effectué un travail de documentation une nouvelle fois remarquable, tant dans les décors que dans le souci de réalisme du jet privé de Carreidas.

Publié en album en 1968, Vol 714 pour Sydney est assurément une des aventures de Tintin les plus facile et agréable à lire !




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