Les Aventures de Tintin : Les Bijoux de la Castafiore [Critique]

Article rédigé par Henri

« Ciel ! Mes bijoux ! », s’exclame pour la énième fois la Castafiore, en villégiature à Moulinsart, chez le capitaine Haddock. Et c’est peu dire que cette aventure atypique tranche avec l’ensemble de l’univers Tintin, car le reporter et ses amis ne vont en fait jamais quitter le domaine de Moulinsart ; ce sont les ennuis qui vont venir à eux, et se succéder avec délice !
Le 21ème album, paru d’abord entre 1961 et 1962 dans le journal Tintin, marque en quelque sorte la réconciliation d’Hergé avec lui-même, après l’éprouvant mais très réussi Tintin au Tibet. Le dessinateur se sent donc libre d’expérimenter toujours plus, au point même de vouloir raconter, comme il s’en confiera, une histoire où il ne se passerait rien, et de voir s’il serait capable de tenir son lecteur en haleine jusqu’au bout. La réponse est évidemment « Oui ! ».

C’est que Les Bijoux de la Castafiore multiplie les rebondissements, les fausses pistes, avec un brio unique. Haddock et Tintin accueillent des Tziganes sur le domaine de Moulinsart, mais alors que plusieurs personnages les préviennent que des ennuis vont arriver à cause d’eux, le capitaine sera davantage préoccupé par l’arrivée imprévue de la Castafiore. Et le destin va pour ainsi s’acharner sur lui !
La célèbre cantatrice a souvent tenu un rôle très secondaire dans de nombreux albums, mais chacune de ses apparitions ont été remarquées, bien souvent parce qu’elles provoquent en Haddock de savoureux malaises. Cette fois, il nous est permis de mesurer toute l’importance du seul personnage féminin d’envergure de l’univers Tintin : autour du Rossignol milanais gravitent son assistante, son pianiste, son maudit perroquet, des journalistes, des paparazzis… Bref, un environnement rapidement envahissant ! S’ajoutent à cela, les casse-pieds plus ou moins habituels (les Dupondt, Lampion…), le marbrier qui reporte sans cesse son intervention pour réparer une marche de l’escalier, les appels de la boucherie Sanzot… Les gags et quiproquos s’enchaînent, une vraie pièce de théâtre !

    

Et les bijoux ? Là aussi, l’intrigue tiendra en haleine le lecteur, pour une conclusion particulièrement déroutante ! Ne croyez toutefois pas qu’Hergé se moque de son lecteur, justement. Il a prouvé dans L’Affaire Tournesol et Coke en Stock qu’il maîtrisait à la perfection son univers, et avec Tintin au Tibet ainsi que cette « aventure », il prouve qu’il peut en casser les codes, quitte à tourner en ridicule ses héros, Tintin compris.
À la fin de la lecture, on ne ressent pourtant nullement l’impression d’avoir été dupé par Hergé, mais bien d’avoir été amusé par tant de péripéties pour si peu. Évidemment, ce n’est pas l’aventure avec un grand A comme on se l’imagine d’un Tintin, mais l’album peut du même coup être apprécié par des lecteurs pas forcément adeptes des retournements invraisemblables auxquels nous a habitué la série.

Paru en album en 1963, Les Bijoux de la Castafiore sera, de manière aussi surprenante que logique, adapté en pièce de théâtre au début des années 2000.




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