Les Aventures de Tintin : Coke en Stock [Critique]

Article rédigé par Henri

La parution de L’Affaire Tournesol à peine terminée et publiée, Hergé enchaîne à compter de 1956 avec une nouvelle aventure au titre d’abord mystérieux : Coke en Stock. Mais que peut bien signifier ce « coke » ? Non, il ne s’agit pas de drogue, de charbon ou d’une célèbre marque de soda, mais d’un tout autre sujet grave qu’a choisi de traiter Hergé, bien conscient que sa série ne s’adresse plus depuis longtemps qu’aux seuls enfants.

Le point de départ de cet album vient du constat par Hergé que l’esclavagisme est toujours pratiqué en 1955 dans certaines parties du monde, et « coke » est ainsi le nom de code utilisé pour désigner les esclaves noirs africains. L’intrigue mêle ainsi une nouvelle fois des problèmes politiques dans lesquels nos héros se retrouvent empêtrés bien malgré eux.

Bien loin de se douter jusqu’où les emmènera cette nouvelle aventure, Tintin et Haddock croisent le général Alcazar (vu dans L’Oreille Cassée). Enquêtant sur les raisons de son retour, ils découvrent un réseau de trafic international d’armements lourds. A Moulinsart, l’arrivée inattendue de l’insupportable Abdallah (croisé dans Au Pays de l’Or Noir) coïncide avec la chute de l’émir du Khemed, Ben Kalish Ezab, renversé par son rival (le cheikh Bal El Ehr) disposant comme de juste d’un apport soudain de matériel militaire. Tintin se lance donc à la poursuite de ce réseau au Khemed, rapidement suivi du capitaine qui souhaite fuir Moulinsart. Le reporter ne se doute cependant pas que nombre de ses vieux ennemis feront tout pour l’éliminer… à commencer par le plus redoutable d’entre eux.

Vous l’aurez donc compris, Coke en Stock est d’abord pour le lecteur une réunion d’un (très) grand nombre de personnages de l’univers Tintin, parfois absents depuis longtemps, mais qui ne font jamais que de se croiser, voire de s’affronter à distance sans se rencontrer. L’antagoniste principal (le marquis Di Gorgonzola) préfère ainsi éviter Tintin, de peur d’être reconnu, et seul Allan prend le plaisir de se mesurer finalement à Haddock, qui fut son capitaine dans Le Crabe aux Pinces d’Or.

  

Je pourrais continuer la liste très longue des personnages intervenant dans cette histoire (La Castafiore, dr. Müller…), parfois pour des apparitions de quelques cases, ce qui n’empêche pas l’entrée de rares nouveaux personnages, comme l’aviateur Szut (ce qui donne l’occasion de jeux de mots faciles). Cela illustre – comme je l’avais précisé pour L’Affaire Tournesol – à quel point Hergé maîtrise son univers, et étoffe toujours plus les liens entre chacun de ses personnages. Les références aux albums antérieurs se multiplient donc dans Coke en Stock, ce qui n’en fait pas l’album idéal pour découvrir la série.

Coke en Stock donne aussi l’occasion à Hergé de corriger l’une de ses erreurs de jeunesse, à savoir le trop naïf et caricatural Tintin au Congo. Souvent accusé de racisme, il livre ici un sérieux démenti à ses détracteurs. Ses méthodes de travail ont également drastiquement changé entre ces deux albums : la vision du monde qu’avait Hergé en 1930 et celle qu’il avait en 1958 sont complètement différentes, le dessinateur ayant appris à se documenter et à dépasser ses préjugés.

Aventure durant laquelle Tintin, Milou et Haddock avancent souvent sans savoir dans quel piège ils atterrissent, Coke en Stock est cité comme un album de référence, même s’il n’est pas forcément mon préféré, du fait justement d’une intrigue qui tarde à se dessiner clairement. Reste que lorsqu’on pense aux Aventures de Tintin, en voici une avec un grand A !

Coke en Stock sera publié en 1958, dans la foulée de sa publication dans le journal de Tintin. On ne le sait pas encore, mais la suite de la série prendra une tournure bien différente après cet album.




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