Les Aventures de Tintin – L’Étoile Mystérieuse [Critique]

Article rédigé par Henri
L'Etoile Mystérieuse

Quand il est question d’étoiles et d’astéroïdes, je suis forcément intéressé. Alors pensez donc, une étoile mystérieuse ! Si Hergé s’est lancé dans cette dixième aventure en ne se consacrant qu’à l’aventure pure et dure, c’est à nouveau parce que le contexte politique d’alors – nous sommes en 1942 lors de la première parution dans le journal belge Le Soir « volé » – ne permet pas au dessinateur de se lancer sur des sujets politiquement sensibles comme il l’avait fait pour le Lotus Bleu ou le Sceptre d’Ottokar.

L'Etoile Mystérieuse 1Qu’y-a-t-il de politique, en effet, à parler d’une étrange étoile qui grossit dans le ciel ? Pour percer le mystère, Tintin part rencontrer un astronome, le professeur Calys (encore un de ces scientifiques farfelus qui préfigurent le personnage de Tournesol), mais découvre avec horreur que l’étoile en question est un astéroïde qui va percuter la Terre ! L’ambiance apocalyptique du début du récit ainsi que l’intervention de l’inquiétant prédicateur Philippulus ne servent toutefois que de prélude à une expédition scientifique, à la recherche de l’astéroïde tombé en pleine mer.

Financée par un fonds de recherche apparemment neutre, qu’on va appeler les « gentils » (même si certains membres sont originaires de pays de l’Axe), l’expédition confirme toutefois la présence du capitaine Haddock dans l’univers Tintin après sa première apparition remarquable dans le Crabe aux Pinces d’Or. Il est cette fois le capitaine de l’Aurore, mais son périple marin sera loin d’être reposant alors que les États-Un.. le Sao Rico (enfin bref, les « méchants ») lance également une expédition financée par un banquier sans scrupule.

Bon, petit aparté avant de poursuivre, car effectivement l’expédition concurrente était originaire des États-Unis dans la version d’origine, et le patronyme initial du banquier (Blumenstein) met clairement en évidence l’origine juive du personnage. Les États-Unis seront ensuite remplacés dans la réédition de 1954 par l’État fictif de Sao Rico, et le nom du banquier changé pour Bohlwinkel… qui manque de chance pour Hergé, est également un patronyme israélite. Pour les anti-Hergé convaincus de l’antisémitisme du dessinateur, cet album est donc une mine d’or.

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Malgré ces polémiques autour de l’édition originale et du personnage du banquier (rappelons qu’Hergé était soumis à une certaine ligne éditoriale dans un journal collaborationniste, et qu’il a été lavé de tout soupçon), je reste convaincu qu’à la lecture de l’Étoile Mystérieuse, on finit par réellement se moquer de toutes ces considérations ! L’aventure, dotée d’un récit clair de bout en bout et de notes d’humour savoureuses, se suit avec un plaisir évident : Qui n’a pas eu le mal de mer rien qu’en regardant le bateau tanguer en pleine tempête, ou ne s’est pas moqué d’Haddock devenu « président d’honneur des Marins antialcooliques »  ? En outre, les basses manœuvres de l’expédition concurrente et l’arrivée de Tintin sur la partie émergée de l’astéroïde confèrent tout à la fois suspense et mystère au récit.

La grande force de l’Étoile Mystérieuse, c’est donc de faire retomber le lecteur en enfance : au fond, peu importe les polémiques, le plus effrayant reste finalement cette gigantesque araignée ! Un album qu’on aime lire et relire !

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