Les Aventures de Tintin : Tintin au Tibet [Critique]

Article rédigé par Henri

Le 20ème album des Aventures de Tintin est l’un des plus connus de la série, et pourtant, un épisode bien à part au sein de l’œuvre d’Hergé : il s’agit en effet de son album le plus personnel, et sa puissance dramatique et émotionnelle n’a encore aujourd’hui rien perdu de son intensité. Paru entre 1958 et 1959 dans le journal Tintin, à la suite de Coke en Stock, Tintin au Tibet aura pourtant été un album particulièrement éprouvant pour Hergé.

Le dessinateur traverse en effet une profonde crise personnelle. Amant avec sa jeune collaboratrice Fanny Vlamynck (qui deviendra plus tard sa seconde femme), mais se sentant pris au piège d’un mariage devenu malheureux et de ses convictions chrétiennes, Hergé repense de plus à son vieil ami chinois Tchang Tchong-jen, dont il n’a plus aucune nouvelle depuis son départ de Belgique à la fin des années 30.
La consultation d’un psychanalyste – qui lui recommande d’arrêter de travailler – ne sera pas sa thérapie personnelle ; Hergé se plongera en effet plus que jamais dans son travail pour aboutir à Tintin au Tibet. Le dessinateur ne rêvait en effet que de blanc, et c’est ainsi dans les neiges de l’Himalaya qu’il envoie son héros, plus que jamais son double.

Que cela ne vous rebute pas de lire cet album ! Si la narration est épurée, centrée sur un nombre restreint de personnages, il s’agit surtout d’une aventure une nouvelle fois dépaysante dans les montagnes de l’Himalaya. Le travail de documentation remarquable et précis s’est attaché à retranscrire fidèlement les paysages ainsi que les traditions bouddhistes, et même la conception du Yéti a fait l’objet d’études basées sur des témoignages.

Le paranormal tient également une grande importance dans le récit, notamment les rêves prémonitoires de Tintin. Dans un de ses songes, il voit son vieil ami Tchang perdu dans la neige. Peu après, il apprend qu’un avion, avec Tchang à son bord, s’est écrasé sur les chaînes himalayennes. Persuadé que son ami est toujours en vie, Tintin part pour le Népal, accompagné des indéfectibles Milou et Haddock.

   

Même quand les éléments jouent contre lui, et malgré les appels à la raison de plusieurs personnages, Tintin – qui est ici bien plus complexe qu’à l’accoutumée, et sans doute plus humain – n’abandonne jamais sa mission, et sa volonté se propage à ses compagnons d’aventure. La présence d’Haddock apporte la touche d’humour indispensable, sans quoi Tintin au Tibet aurait perdu le lecteur en route, mais la montagne est sans doute un adversaire bien plus rude et sans pitié qu’un Rastapopoulos. Tintin est heureusement né sous une bonne étoile – là, je ne vous apprends rien – et même dans les situations les plus difficiles, la chance est toujours de son côté ; elle aurait même acquis ici une origine mystique !

S’il s’agit d’un récit personnel pour Hergé, Tintin au Tibet est avant tout une aventure particulièrement marquante, prouvant qu’après 30 ans d’existence, l’univers de Tintin continue de surprendre, avec un album qui ne ressemble encore une fois à aucun autre.

De manière assez surprenante, cet album paru en 1960 sera adapté en jeu vidéo. Développé par Infogrames en 1994 pour différentes consoles (SNES et Megadrive pour les plus répandues), le jeu aura connu un certain succès d’estime.




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