Les Aventures de Tintin : Tintin et les Picaros [Critique]

Article rédigé par Henri

La dernière aventure (achevée) de Tintin aura mis un temps interminable avant d’être enfin proposée aux lecteurs. Paru dans le journal Tintin entre 1975 et 1976, et proposé quasiment dans la foulée en album, Tintin et les Picaros marque immédiatement par sa tonalité différente. 8 ans séparent cet album de Vol 714 pour Sydney, et les retrouvailles avec nos personnages sont pour le moins surprenantes.

Le capitaine Haddock souffre d’un mal étrange : il ne supporte plus une goutte d’alcool ! Ce sera le « running gag » de cette aventure, le vieux loup de mer, Archibald de son prénom (la révélation!), trouve son précieux Loch Lomond infect tandis que tous les autres personnages ne comprennent pas cette soudaine aversion. Mais les changements les plus notables viennent surtout de Tintin : troquant son pantalon de golf pour un jean brun, le reporter arbore le sigle de la paix sur son casque de moto… Les années 70 sont passées par là ! Le changement n’est pas que cosmétique en fait : durant une partie non négligeable de l’histoire, Tintin renâcle à partir à l’aventure.

Pourtant, il se voit proposer de repartir au San Theodoros, qu’on avait perdu de vue depuis L’Oreille Cassée ! Hergé ne manquera d’ailleurs pas de rappeler des personnages croisés dans cet album, avec en premier lieu le général Alcazar (accompagné de Peggy, sa « charmante colombe »), mais aussi l’explorateur Ridgewell et les Arumbayas, ainsi que le colonel Sponsz, apparu quant à lui dans L’Affaire Tournesol. Évidemment, tout ce petit monde n’a pas été rappelé par hasard, et tous sont impliqués dans le coup d’État qui se prépare contre le général Tapioca, le dirigeant du San Theodoros évoqué à quelques reprises dans de précédents albums.

C’est encore bien malgré lui que Tintin devra aider Alcazar et ses Picaros, avec un manque flagrant de conviction. La révolution de palais se fera sans effusion de sang – ça, c’est une vraie révolution – et durant un carnaval, mais peu importe qu’Alcazar (dont on ne sera jamais vraiment sûr de son amitié pour Tintin, et réciproquement) remplace Tapioca, la seule motivation du journaliste est bien de secourir ses amis (la Castafiore et les Dupondt), retenus prisonniers, et il sera au passage trahi par un ancien allié à qui il devait pourtant la vie longtemps auparavant. Malgré les nombreuses touches humoristiques (encore merci au tandem de choc que sont Haddock et Tournesol), c’est donc bien une certaine amertume qui se dégage de cette histoire, et sa conclusion laissera bien des lecteurs insatisfaits. Les héros sont fatigués, et Hergé a progressivement laissé de côté Tintin, reconnaissant alors ne dessiner que pour le plaisir.

Les années 70 marqueront il est vrai la reconnaissance internationale d’Hergé, et le dessinateur sera énormément sollicité. Les albums de Tintin se vendront par millions chaque année, et le phénomène ne fera que prendre de l’ampleur tandis que les traductions en langues étrangères (voire régionales) se multiplient.
Le dessinateur célèbre en 1979 les 50 ans de Tintin. Ses retrouvailles avec son vieil ami Tchang en 1981, plus de 40 ans après s’être perdus de vue, restent également un événement médiatique où se mêlent la vie d’Hergé et l’univers de Tintin.

Lorsqu’il le peut, Hergé travaille sur la prochaine aventure de Tintin. Il confie ainsi, peu de temps après les Picaros, réfléchir à une histoire se déroulant entièrement dans un aéroport, mais changera finalement d’orientation. Hélas, il ne pourra mener ce projet à son terme.

    




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