Les Aventures de Tintin – L’Oreille Cassée

Article rédigé par Henri

Après le remarquable Lotus Bleu, Hergé a semblé vouloir reprendre son souffle avec une aventure en apparence moins ambitieuse, non sans poursuivre avec ses nouvelles méthodes de travail plus rigoureuses. L’Oreille Cassée met ainsi le cap en direction de l’Amérique du Sud.

1Sans doute refroidi par quelques critiques concernant le point de vue pro-chinois du Lotus Bleu, Hergé va situer son aventure dans des Etats fictifs alors que jusque là, Tintin voyageait toujours dans des pays bien réels. Un moyen détourné pour restituer des problèmes politiques existants avec plus de libertés. Le San Theodoros nous est ainsi présenté, un concentré de plusieurs pays sud-américains des années 30 où se succèdent les coups d’état, les menaces de guerre avec le pays voisin, ainsi que les manœuvres de déstabilisation par des organismes secrets d’intelligence ou de grands groupes pétroliers intéressés par les richesses du sous-sol. Un travail à nouveau bien documenté dans lequel Hergé va devoir créer une histoire.

Justement, l’histoire, c’est peut-être là la faiblesse de L’Oreille Cassée. Enquêtant sur le vol d’un fétiche d’une tribu amérindienne (les Arumbayas) dans un musée, Tintin se retrouve confronté à deux dangereux malfrats, et va jusqu’à les suivre au San Theodoros. Avant de percer les mystères de la statue et partir à la recherche des Arumbayas, Tintin va pourtant se retrouver bien malgré lui empêtré dans les intrigues du San Theodoros, secoué entre les menaces de guerre avec le pays voisin et les coups d’état incessants entre les deux généraux rivaux que sont Tapioca et Alcazar.

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L’intrigue principale se révèle ainsi assez mince car elle se perd souvent dans les à-côtés du récit : Tintin joue ainsi les aides de camp du général Alcazar, déjoue les tentatives d’assassinat perpétrées contre ce dernier, est finalement accusé de trahison… pour retrouver dans sa fuite la piste des Arumbayas, ainsi que les malfrats qui en ont toujours après lui.

Une vague impression de « tout ça pour ça » a fini par m’envahir à la fin de la lecture, mais ce serait être très (trop) sévère à l’encontre de L’Oreille Cassée qui développe tout le long de l’album un humour typiquement belge, où Tintin se sort de pièges de manières parfois complètement absurdes – notamment lorsqu’il est condamné à être fusillé ou qu’il retourne une bombe à son envoyeur !

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Initialement publié en noir et blanc dans Le Petit Vingtième entre 1935 et 1937, L’Oreille Cassée sera l’un des premiers albums originaux à connaître une refonte couleur en 1943, même si le style graphique a été finalement peu modifié. C’est notamment pour cela que les dessins sont moins fins que ceux de Tintin au Congo, Tintin en Amérique ou des Cigares du Phararon, dont les rééditions couleurs sont postérieures.

J’avoue avoir tendance à oublier cet album et le relire régulièrement pour me le remémorer, mais L’Oreille Cassée, sans être un incontournable de la série Tintin, est une aventure plaisante à lire.




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