Massacre à la Tronçonneuse

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Chronique toute personnelle, et au son d’une joyeuse tronçonneuse, sur un de mes films cultes : Texas Chain Saw Massacre. Oui, l’Original de 1974, la Matrice qui a enfanté d’un Monstre et d’un genre à part entière. Quarante ans après sa sortie, le film reste, tel le Monolithe Noir de 2001 l’odyssée de l’espace, un objet filmique méconnu, à l’aura puissante, générant toutes sortes de fantasmes et de préjugés…

Par Wizzy le Barbu

 

1Pour l’histoire, des hippies Flower Power se font massacrer par une famille de dégénérés (et cannibales). En termes cathartiques, ce sont les années 60 insouciantes et pleines d’utopies qui se font massacrer par les années 70, LA décennie des désillusions aux USA : Guerre du Vietnam, Nixon, le Watergate, crise pétrolière, chômage…

Tobe Hooper veut réveiller les gens passablement endormis avec un film choc. Il y arrivera. Peut-être même au-delà de ses espérances. Le titre, déjà, résonne comme quelque chose d’incongru et donne au film une aura sulfureuse de film interdit, le genre à réserver aux amateurs de Snuff Movies. Aura renforcée par les anecdotes d’un tournage épouvantable et par la censure qui sévit en France et en Angleterre (interdiction de territoire jusqu’en 1999 !). Le film est interdit en France pendant plus de 5 ans malgré une projection à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 1976.

« Plus qu’une incitation à la violence, ce film est, à la vérité, une introduction à la folie. » avait conclu la commission de censure.

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« Plus qu’une incitation à la violence, ce film est, à la vérité, une introduction à la folie. » Voilà une accroche qui me plaît car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Massacre à la Tronçonneuse n’a rien d’un film gore, ce n’est pas un film pour ado en manque (qui la plupart du temps sera déçu), c’est un film qui joue avec les nerfs et les sens et provoque, pour peu qu’on se laisse prendre, un profond malaise. Un film hard tout en suggestions en somme !

Car avant d’être le film matriciel du Slasher (et ce bien avant l’Halloween de Carpenter), on a bien affaire à un chef d’œuvre du cinéma, qui suscite plus qu’aucun autre film un sentiment d’horreur absolu.

3La lenteur de l’exposition avec l’autostoppeur et la visite de la maison des grands-parents de Sally est faussement bienveillante. Le spectateur est littéralement écrasé par la chaleur moite du Texas.

A mi-parcours, on est happé par des images macabres que l’aspect documentaire (le grain de l’image et le cadre) rende réalistes. Images qui se combinent à la bande son du film constituée uniquement de bruits métalliques et de bruits de moteurs.

2Pas de tripaille, quasiment pas une goutte de sang ne sera versée pendant tout le film. Tobe Hooper laisse au spectateur le soin d’imaginer et sincèrement, on a aucun mal à s’imaginer.

Brutaux, rapides et filmés froidement, chaque meurtre a un effet traumatisant…

Chacune des apparitions surprises de Leatherface -le « monstre » du film- par son apparence, son attitude et ses gestes brûlent la pellicule d’une horreur instantanée.

A la fin, ce sont les hurlements de Marilyn Burns et le son strident de la Tronçonneuse qui s’associent aux images hallucinantes dans un huit-clos étouffant, une torture pour la victime et le spectateur. Lors du repas, scène culte de folie furieuse, on a même qu’une envie, c’est que le cauchemar s’arrête.

Tobe Hooper n’oublie pas de jouer d’humour avec le fameux « Qu’as-tu donc fait à la porte ? » de l’Oncle taré à Leatherface ou avec le pépé vicelard et sénile. Mais Hooper ne désamorce pas l’horreur, bien au contraire, d’une certaine manière il l’amplifie en générant un sentiment malsain chez le spectateur d’absurde et de grotesque déplacé, hors de propos… Le comble de l’horreur !

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Avec cet humour à la Tronçonneuse, Tobe Hooper le dit lui-même en parlant de l’échec de son premier film, l’expérimental Eggshell. Avec son second film, Massacre à la Tronçonneuse, le naïf est devenu cynique.




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