Piège à Hong Kong (Knock Off) [Critique]

Article rédigé par Kim
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Piège à Honk Kong 2Pour l’un des derniers films de Jean-Claude Van Damme sorti au cinéma en France, il s’agit avant tout de convaincre. Mais le style de Piège à Hong Kong déçoit. Trop conventionnel et à la fois trop virevoltant, « Knock off » essaye tant bien que mal de mettre en avant les atouts d’un cinéma particulier et d’une star. Ce cinéma particulier, en 1998, alors en plein essor, c’est le cinéma de Hong Kong pardi ! La Star, c’est JCVD. Alors que Jackie Chan sort Rush Hour qui fut un succès et les premiers vrais pas réussis de cette autre star du film d’action, que Jet Li joue les méchants dans le quatrième épisode de l’Arme Fatale, Hollywood mélange les genres… comme toujours, et cette fois-ci, avec le cinéma d’Asie. Mais évidemment, il faut un minimum pour attirer le public. C’est pourquoi les US ont utilisé en cette année, les prouesses de ce continent en la matière pour vendre du film d’action comme il a toujours su le faire depuis fort longtemps. 1998, c’est un tournant dans ce que deviendra les Hollywood Movies par la suite et même jusqu’à aujourd’hui. De Rush Hour au film de Super Héros, en passant par Matrix, les Action Movies made in USA démarre bel et bien un tournant en ce fin de millénaire. C’est là que prend place Piège à Hong Kong qui tente de redorer le blason de JCVD, déjà auteur du Grand Tournoi (The Quest, 1996) et acteur dans trois réalisations de géants du cinéma d’Asie voulant s’introduire dans le marché US : John Woo, avec Chasse à l’Homme (Hard Target, 1993), Ringo Lam, avec Risque Maximum (Maximum Risk, 1997) et Tsui Hark, avec Double Team (1996). Tsui Hark justement, il en est question, puisqu’il réalise ici le film « Knock Off« . Comme on peut le voir, avant 1998, JCVD avait déjà mélangé les genres pour Hollywood. On peut se moquer de lui… en fait, non, on ne doit pas se moquer de lui. Car « filmiquement » parlant, il a creusé sa place dans le monde du cinéma US par sa seule volonté d’en faire, et a inauguré ce tournant du film d’action qui joue aussi des pieds. Bref, Knock Off, c’est un peu tout ça et même bien plus… !

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Lors de la sortie du film, les critiques ne furent pas trop emballées. Comme d’habitude, c’est Van Damme qui trinque. On lui reproche pleins de choses, notamment son manque d’expression et son sourire d’action star trop sûr d’elle. Mais est étonné par la dextérité de la réalisation fondée par ce fou de Hark. Pour ainsi dire, Première et Ciné Live parle d' »orgie pyrotechnique » ! Un terme qui sera resté dans ma tête durant 18 ans, car il résume bien l’aspect dynamite du film. On en ressort groggy, pour reprendre une fois de plus une « private joke ». Néanmoins, je reste indigné par le manque de sympathie qu’ont ces critiques pour Van Damme, qui se donne à 300% !! En outre, l’action ici, c’est lui ! J’ai beau être un inconditionnel de Jean-Claude, mais on ne peut que s’agenouiller devant tant d’abnégation pour mettre en œuvre un long métrage qui s’avéra un échec cuisant, du moins en France. Je crois savoir, comme ses films d’aujourd’hui qui sont sur le marché du DVD, Piège à Hong Kong a bénéficié d’une bonne petite carrière sur ce marché. Mais bon, pas trop de diffusion télé vu de là ! Bref, ce nouveau film de JCVD passe complètement inaperçu…

Mais reste à savoir pourquoi « Knock Off » vaut autant le coup !? Tout simplement, car il réunit tous les ingrédients d’un film à plusieurs lectures. Mais c’est un film d’action ! Depuis quand les films d’actions sont intelligents ? Certains le sont, d’autres pas. Et quand on aime ce genre de films, on peut voir un effet attirant dès le premier coup d’œil, et ce, au delà de la bande annonce. Évidemment, dans les grands d’Europe et aux USA, films d’actions ajouté à Jean-Claude Van Damme, cela ne captive pas grand monde. Détrompez-vous ! Il faut passer outre et les quelques fans encore là, se rendront compte de sa richesse. Bien sûr, les autres lectures du film ne seront réellement visibles que par peu. Peut-être même seulement par Tsui Hark lui-même… va savoir ! Tsui Hark a toujours été considéré comme quelqu’un de très spécial. Et quand on sait que c’est Van Damme lui-même qui a convaincu le réalisateur de tourner Double Team deux ans plus tôt, on ne peut que se rendre compte de la détermination du belge à faire des films avec ceux dont il a envie de tourner !

Cependant, il ne faut y voir une intelligence mal placée. Juste, voilà le constat : 1. Piège à Hong Kong est un film d’action – 2. Il est bourré d’humour – 3. Plusieurs degrés d’humour – 4. Dont le burlesque. Pour ce quatrième point, cela est assez fin et délicat pour ne pas s’en apercevoir tout de suite… Juste, à la fin du film, on se demande ce que l’on vient de voir ! Vraiment ! Soit le film se moque de nous, soit il nous fait rire volontairement de lui. Et je pense que c’était la volonté de Hark, voulant délibérément rire du film d’action, en y intégrant de la stupidité. Certains ont dit que dans le film, JCVD a été embauché pour que justement, il rigole de lui-même. Certains ont même dit, qu’il rigolait de lui-même sans s’en apercevoir. C’est faux ! Mais peut-être qu’une certaine subtilité de son propre film lui a échappé ? Je n’en sais rien. Je pense que dans ce long métrage, JCVD arrive bel et bien à nous faire rire dans le bon sens du terme, car justement il a été embauché pour ça. Le tournage de Double Team ayant plu aux deux, ils ont décidé de réitérer le principe. Dommage que l’association n’ait pas recommencé une troisième fois !

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Pour vous donner un indice des différents degrés de visionnage de cet action movie, on peut à la fois le prendre au premier degré tel un gosse, on peut y voir un humour second degré présent ici et là, du burlesque, mais aussi donc, un dix-millième degré pour le côté « je me moque des films d’actions » !

Premièrement, et nous allons parcourir les quatre étapes à la suite, dans le mode numéro Uno, prendre la base est en cela essentiel. Un film d’action tout ce qu’il y a de plus basique. Le film dure moins de 90 minutes. Déjà, c’est un handicap plutôt sévère quand on veut faire quelque chose de marquant, ce qui a été je pense la volonté de Tsui Hark. Des films de Série B, VHS ou DVD, Téléfilms et compagnie, sont du genre à durer moins d’une heure et demi. Première bourde, mais pas tant que ça. Tout est dans le marketing. Un film qui doit faire cette durée n’est pas forcément synonyme d’échec artistique. Il fait 87 minutes, un point c’est tout. Et c’est en ça, pour reprendre le terme du début, qu’il est trop conventionnel. Si on omet délibérément, ou sans faire exprès, les autres lectures, Piège à Hong Kong est un petit film d’action pas très sérieux, pas très bon. Selon moi, il mérite qu’on s’y attarde. Les scènes d’actions sont virevoltantes, pour justifier encore le terme du début. Quand on voit JCVD parcourir les barrières et surtout les tranchées formées par les containers dans le cargo, on se dit que l’orgie pyrotechnique, c’est lui. Bien sûr, il y a des scènes de combats, mais pas tant que ça. Plus des scènes improbables d’action sur voiture, sur mer ou dans les airs. Point. L’adrénaline est sans doute monté chez l’acteur, qui en plus de faire rire, nous verrons cela plus tard, enchaine cascade sur cascade pour notre plus grand bonheur ! Selon moi, les hermétiques aux films de Jean-Claude Van Damme et en particulier, celui-ci, sont ignorants et n’ont pas regardé des grands titres comme Bloodsport, Timecop ou Risque Maximum, ce dernier dont tout le monde avait fait la remarque de dire que JCVD savait ou avait appris enfin jouer la comédie. C’est en fait Ringo Lam lui-même qui avait ordonné de donner quelques cours de comédie à l’acteur. En plus des superbes scènes d’action, le film est stupéfiant.

En ce qui concerne le second degré, cela fait parti intégrante de la première catégorie (paragraphe), mais est présente pour donner du peps au film. Bien sûr, pas de film d’action ou de buddy movie (Piège à Hong Kong en est bien un) sans humour décalé ! En fait, les différentes facettes de Knock Off sont une sorte de cascade qui coule pour paraître comme un hybride du 7ème Art. Film d’action, Buddy Movie, humour second degré, burlesque, puis auto-dérision. Comme blague pour exemple, il y en a pleins, mais celle où Marcus Ray (JCVD dans le film) installe de force Skinny (un des méchants), un gros bien gras, dans une toute petite bagnole à l’arrière pour ne pas qu’il puisse en descendre : Skinny lui demande s’il va faire ça (c’est à dire conduire à toute vitesse pour percuter une vitrine avec lui à l’arrière), Marcus lui dit qu’il va bien se gêner ! Ou autrement quand Paul Sorvino (oui, Paul Sorvino, vous ne rêvez pas !) installe dans une de ces répliques de grand méchant, « Goodbye, Yellow Brick Road », Rob Schneider, le compère comique de Van Damme dans le film, lui répond qu’il devrait changer de disque et s’acheter de nouveaux CDs. Tout pleins de petites répliques comme ça qui sont de l’ordre de l’humour décalé instauré comme dans tout buddy movie qui se respecte. En ça, Piège à Hong Kong en devient très sympathique, de quoi passer une bonne soirée pop-corn !

En ce qui concerne le burlesque, c’est assez anachronique ! Et oui, mettre ce type d’humour en 1998 dans un buddy movie, cela peut être maladroit ; en fait, cela renforce le côté atypique du film, envers lequel on accorde une bizarrerie toute particulière. Cela est en accord avec le fait que ce film se moque des films d’actions. Plutôt inattendu comme résultat, surtout avec un acteur comme Jean-Claude Van Damme, envers qui on rigole sans arrêt en France. On doit prendre le film comme étant un film riche à plusieurs facettes, où JCVD rigolerait de lui-même. Oui, Van Damme est capable de ça. Et même s’il n’en perçoit pas toutes les nuances, la démarche de lui et de Tsui Hark est honorable. Donc, dans le burlesque, l’humour dans le geste, il y a pleins d’exemples. Au début, quand l’inspecteur Wong (Michael Fitzgerald Wong) descend les tireurs à bord de son Zodiac qui ne s’arrête pas de bouger dans l’eau, on se demande comment il arrive à tirer juste. Quand Marcus Ray déchire sa chemise à cause de ses gros biceps. Ou encore, quand il écrabouille la tête de son frangin avec un fruit exotique… Bref, une nouvelle pelure dans les couches d’humour que propose Knock Off.

Et enfin, dans le registre de l’auto-dérision, le long métrage propose en fait une trame scénaristique des plus loufoques ! Des méchants qui incorporent des micro-bombes dans tout pleins d’appareils pour dominer le monde et pour l’argent… D’ailleurs, au milieu du film, le résumé du plan machiavélique dans une petite vidéo diffusée par Sorvino, montre bien la stupidité volontaire du scénario. De même, et comme cela ne suffisait pas, la réalisation joue aussi un rôle prépondérant dans la moquerie. Des points de vue improbables sur l’intérieur de chaussures contre-faites ou de même sur l’intérieur de canon de pistolet, des ralentis à profusion qui ne servent à rien, à part pour expérimenter, ou encore la plus grand traveling en plongée sur un bambou qui a transpercé le corps d’un méchant homme de main, et ce, en vitesse rapide ; on en prend plein les yeux de toute cette technique, c’est vraiment l’overdose.

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Pour terminer, un Van Damme qui se moque de lui-même, cela donne par exemple, un polo mouillé à la fin, que s’empresse de se débarrasser l’acteur par peur de je ne sais quoi. Bien sûr, en France, on s’est empressé de crier à l’arnaque de film. Mais non, il fallait y voir une occasion de regarder une belle association entre Van Damme et Tsui Hark ! Une association que j’aimerai revoir très vite, d’autant que le réalisateur avait dit après Double Team, qu’il se verrait bien retourner avec la star et qu’il pourrait faire des choses très intéressantes. Cela tombe bien, le résultat, c’est Piège à Hong Kong qui, en effet, est très intéressant. Vive Van Damme et Vive Hong Kong !

A écouter en boucle pendant la lecture !




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