Les Aventures de Tintin : On a Marché sur la Lune [Critique]

Article rédigé par Henri

on-a-marche-sur-la-lune-1Le récit du voyage le plus extraordinaire de Tintin et de ses amis a commencé en 1950, avec Objectif Lune. Il se poursuit dans le journal Tintin jusqu’en 1953, avec la deuxième partie, On a Marché sur la Lune. Objectif Lune nous avait laissé sur un suspense insoutenable, et cet album reprend exactement là où nous avait laissé l’histoire : cette fois, ça y est, la fusée est dans l’espace et fonce vers l’astre lunaire ! Rappelons quand même qu’au début des années 50, la conquête spatiale était encore considérée comme un projet insensé.

L’intrigue d’Objectif Lune se poursuit donc. A bord de la fusée, Tournesol est d’abord confronté à un premier imprévu : la présence des Dupondt, qui ne font pas partie de l’expédition ! Ce ne sera pas le dernier, car un mystérieux groupe œuvre sur Terre pour s’emparer au moment opportun de la fusée ainsi que des découvertes que feraient Tournesol et son expédition.

Le souci (autant que possible) d’un certain réalisme entraîne cependant des contraintes. Pas d’extraterrestres, Hergé décrit ici une Lune telle qu’elle est : déserte, sans vie, sans atmosphère. Pour le lecteur de l’époque, il s’agit là d’une vraie découverte, loin de nombreux fantasmes, même si l’hypothèse de la présence de glace d’eau sur la Lune n’a pas encore été démontrée aujourd’hui.

on-a-marche-sur-la-lune-2L’autre point sur lequel Hergé ne s’est pas trompé, c’est le récit même, qui rejoint finalement la réalité des véritables missions Appolo : hormis la première arrivée, forcément historique, le plus intéressant dans le voyage n’est pas la visite même de l’astre lunaire (les missions Appolo 14 à 17 n’ont pas suscité un grand intérêt), mais ses difficultés. La sortie des Dupondt est ainsi à mettre en parallèle avec l’astronaute qui a joué au golf : quand il ne se passe rien, il faut des bouffonneries pour continuer à capter l’attention du public. En revanche, tout le monde se souvient de l’échec de la mission Appolo 13, ainsi que le retour miraculeux de ses astronautes. Hergé a donc parfaitement mesuré que l’espace et la Lune sont des milieux particulièrement hostiles, où la moindre erreur peut prendre des proportions dramatiques.

Les premiers pas de Tintin sur la Lune donnent encore l’occasion à Hergé de proposer de superbes dessins du paysage lunaire – quoique s’avérant un peu inexacts. Sa description à travers Tintin est en revanche juste : c’est « un paysage de mort, effrayant de désolation ». Assez rapidement pourtant, l’expédition même passe au second plan, éclipsée par une intrigue principale bien plus dramatique, qui se joue dans le cadre confiné de la fusée. Lorsqu’un troisième passager clandestin – agent à la solde du mystérieux groupe – entre en scène, le récit ne laisse quasiment plus aucune place à l’humour. Bien sûr, le lecteur ne doute pas que Tintin et ses amis réussiront à revenir sur Terre, ils ont encore tant d’aventures à vivre ! La tension est cependant réellement palpable lors du périlleux retour, et l’intrigue autour de Wolff (l’assistant d’abord insipide de Tournesol) témoigne d’une gravité ainsi que d’une ambiguïté inhabituelles au sein de l’univers Tintin, loin du manichéisme dont on accuse souvent Hergé.

Le diptyque « Objectif Lune / On a Marché sur la Lune » sortira en deux albums, respectivement en 1953 et 1954, après la parution dans le journal Tintin. Il sera ensuite adapté en dessin animé dès 1962, et inspirera le premier jeu vidéo basé sur Tintin : Tintin sur la Lune, développé par Infogrames en 1987.

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